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Carnet de voyage

Visiter une plantation : oui, mais laquelle ?

Visiter une plantation fait partie des passages obligés si l’on veut bien comprendre l’histoire de la Louisiane. L’état du pélican a compté, au début du XIXe siècle, jusqu’à 400 plantations le long du Mississipi, sur une portion pas si grande (130 kilomètres environ) entre Bâton Rouge et la Nouvelle Orléans. Une partie importante de l’histoire des Etats-Unis se cache là, quelque part entre le Bayou (que l’on a visité en bateau) et le Mississipi, et nous avons cherché à en comprendre quelques morceaux bribes.

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Visiter une plantation : le dilemme

D’où notre volonté de visiter une plantation. Oui, mais laquelle ? Plantation de coton ou de canne à sucre ? Plantation créole francophone ou anglophone ? Car on ne parle pas de la même chose : les plantations anglophones ont un style beaucoup plus clinquant, colonnes et escaliers monumentaux annonçant la couleur dès le perron. Décoration extravagantes, pièces immenses et marbre omniprésent tiennent leurs promesses une fois à l’intérieur. Bien plus bigarrées, les plantations francophones sont plus modestes, même si leurs descendants pouvaient amasser des fortunes notamment grâce aux centaines d’esclaves qui y travaillaient.

Avant de visiter une plantation, il faut également savoir qu’elles n’abordent pas l’histoire de la même manière. La majorité des plantations créoles anglophones n’évoquent pas en profondeur la condition des esclaves, contrairement aux plantations créoles francophones. Autre argument de poids : la plupart des plantations, aussi jolies soient-elles, ne proposent pas de visites en français. Et si notre anglais nous permet de faire face à presque toutes les situations, le débit mitraillette des visites est un cran au-dessus de nos capacités !

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Notre choix : la Laura Plantation

C’est ce qui a guidé notre choix vers la Laura Plantation, et tant pis pour la photo des arbres voûtés façon haie d’honneur de la Oak Alley Plantation.

Avec ses 5000 hectares, cette plantation de canne à sucre était l’une des plus grandes de la région. Aujourd’hui, il ne reste que 300 hectares – toujours exploités – autour de la maison et des anciennes cases. La visite se base à partir de nombreuses archives familiales, et notamment les mémoires de Laura, descendante des premiers propriétaires, ayant grandi dans la plantation.

Malgré l’incendie qui détruisit presque toute l’habitation et son mobilier en 2004, les nouveaux propriétaires ont tout reconstruit à l’identique. Et si les meubles ne sont plus d’époque, l’histoire des Duparc Locoul et de leurs esclaves vous emporte tout de même dans une époque pas si lointaine où les rives du Mississipi comptaient plus de millionnaires entre la Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge que dans le reste du pays

 

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Une visite sans complaisance

D’entrée, notre guide Victor nous donne les rudiments pour comprendre le contexte de la Louisiane créole. « Pour qu’une personne soit créole, il faut remplir trois critères : il faut être francophone, catholique et né dans la colonie ». Le fondateur de la plantation, né à Caen, fut envoyé dans la colonie après avoir tué un ami de la famille. Ambiance…

Ce même Guillaume Duparc, peu après son arrivée en Louisiane, tuera un autre homme qui s’approchait de sa maison. Celui-ci étant esclave, Duparc évitera la prison en s’affranchissant de la « valeur estimée » de sa victime, soit 20000$…

Au fil de la visite, on vit au rythme de la famille Duparc-Locoul, qui régna sur ces terres pendant 200 ans. On y suit les déchirures au sein du clan, les alliances, mais aussi la condition des esclaves, parfois contraints de s’entasser à 14 dans une seule case. Nous avons apprécié l’approche d’une visite guidée qui n’élude pas grand-chose de cette sombre période. Le guide ne vous épargne pas le passage sur les châtiments – marquage au fer rouge sur le front des esclaves qui essayaient de s’enfuir – des viols et de la valeur donnée aux esclaves. On apprend comment, même après l’abolition de l’esclavage, ces hommes et ses femmes devenus employés et qui n’avaient nulle part où aller ont continué à travailler dans la plantation, payés en jetons qu’ils ne pouvaient utiliser qu’à l’intérieur de l’entreprise familiale…

 

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Née sous Lincoln, décédée sous Kennedy

Aussi difficile soit-elle à entendre, visiter une plantation à nous a permis de comprendre, sans complaisance, la vie créole et la condition des esclaves en Louisiane au XIXe siècle. Les mémoires de Laura Locoul (1861-1963), née en période de Guerre civile sous Abraham Lincoln et décédée à 101 ans sous Kennedy, offrent un recul sans pareil sur les événements et l’histoire d’une plantation qu’elle dirigea pendant de nombreuses années avant de s’en séparer.

Valentin

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