urbex à detroit - street art
Carnet de voyage

Pourquoi je n’ai pas fait d’urbex à Détroit

Nous étions partis pour faire de l’urbex à Détroit mais tout ne s’est pas passé comme prévu… Nous voulions découvrir la ville de l’intérieur, voir ce qu’elle avait dans le ventre mais elle a su nous surprendre d’une toute autre façon. Ville sinistrée ou en pleine renaissance ? Des points de détails d’un portrait plus complexe qu’il n’y paraît.

 

Exploration urbaine

« Urbex » c’est l’abréviation de Urban Exploration. Le principe est d’entrer à l’intérieur d’édifices généralement abandonnés ou difficilement accessibles pour les photographier. Alors oui, l’urbex c’est s’introduire dans des bâtiments le plus souvent sans autorisation. Et oui, c’est illégal. Mais quand elle est faite dans les règles de l’art, c’est une exploration que l’on pourrait qualifier de respectueuse. On ne touche pas, on ne déplace pas, on ne réinvente pas. On devient juste les spectateurs silencieux de l’âge d’or de la ville. Quand certains voient des carreaux cassés et de l’acier bouffé par la rouille, je vois de la dentelle et la poésie d’un lieu qui n’a pas encore tout dit. Suite au déclin des années 70 Détroit a perdu les 2/3 de sa population et abandonné quelque 80 000 bâtiments et domiciles. L’urbex explore le passé, tente de comprendre Détroit de l’intérieur. Vu des entrailles. Elle devient le terrain de jeux de l’imaginaire et le royaume des images.

urbex à detroit - usine panoramique

De l’urbex à Détroit

Rendez-vous manqué. Pas de réponse malgré nos relances. Les tours guidés n’ont pas (plus) pignon sur rue pour faire de l’urbex à Détroit. Personne ne nous rappellera. On ne saura jamais pourquoi. On s’imagine que Détroit est devenue pudique et cache ses ruines qu’on ne saurait voir. Détroit renaît de ses cendres et regarde vers l’avenir. Déterminée à relever la tête après avoir courbé l’échine pendant des décennies. Pas question donc de montrer ses dernières plaies à des touristes curieux quoique sentimentaux. L’urbex ne sera donc pas au programme. Pas au notre. Et finalement c’est tant mieux. Nous garderons en tête Détroit et ses paradoxes. Ville aux deux visages. Voire à deux vitesses. Un centre-ville qui rayonne, vibrant de musique, de food-trucks et de terrains de basket. Une périphérie fatiguée, abîmée qui bricole comme elle peut avec ce qui lui reste.

urbex à détroit - the fairemont creamy company

 

Résistance et poings levés

La ville est encore souvent qualifiée de dangereuse et notre projet de visiter Détroit a laissé perplexe bon nombre d’Américains que nous avons rencontrés. Pourtant nous avons trouvé Détroit accueillante et agréable. Nous avons exploré le downtown  et midtown en journée sans jamais ressentir une quelconque insécurité. En semaine, le centre-ville bouillonne d’employés qui, sur leur pause du midi, se retrouvent devant les très nombreux food-trucks de Cadillac Square. Déjeunent au soleil sur les tables de pique-nique ou shootent quelques paniers avant de retourner travailler. Des habitants attachés à leur ville au vu des nombreux T-shirt et graffs sur les murs qui apostrophent la ville comme si elle était devenue une personne à part entière. Des messages de résistance en forme de poings levés d’une population qui ne baissera pas les bras : « Nothing stops Detroit« , « Keep your heart true and your mind strong Detroit« , « They tried to bury us, they didn’t know we were seeds » (« Ils ont essayé de nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines. »)

Une ville aux différents visages

Comme dans beaucoup de grandes villes américaines, chaque quartier semble cultiver une identité qui lui est propre. Le centre-ville est plutôt administratif et institutionnel. Beaucoup de buildings à l’architecture art déco (Fisher building, Guardian Building, Penobscot Building, Fox Theater pour ne citer que les plus renommés.) Greektown, très animé, peuplé de cafés, restaurants et de bars. Midtown, quartier  universitaire et un peu arty. Ou encore  l’immense parc Belle-isle, la campagne à la ville, familiale et surpeuplée le week-end venu.

urbex à detroit - woodward street

 

Les vestiges de la crise 

Un autre visage de Détroit se dessine plus au nord. Un profil plus sombre. Beaucoup de bâtiments industriels abandonnés autour de l’avenue Piquette et de l’ancienne usine de production de la mythique Ford T qui avait fait prospérer la ville. Des maisons désertées au-delà de 8 Mile Road. On a du mal à savoir si elles sont vides ou le reflet d’une grande précarité. L’expérience est assez bouleversante.

Nous étions impatients de découvrir « Motor city ». Et nous avions bien raison. Alors certes, nous sommes passés à côté de l’opportunité de faire de l’urbex à Détroit mais nous aurions tort de sous-estimer la ville. Elle a tant de choses à offrir à qui veut bien les voir. Détroit est authentique et c’est ce qui nous a plu !

Hélène